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CaosGermen
1) Aliens, Sebastían Arriagada, CaosGermen, 1', 25 octobre, Santiago 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/623706001495068
2) Pan, Sebastían Arriagada, CaosGermen, 33'', 25 octobre, Santiago 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/968873986825217
3) Gritos, Adri Lewczuk, CaosGermen, 1', Buenos Aires, Santiago, 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/399226647684566
« Gritos » est un court métrage d'une minute qui travaille le cri comme matière sonore et politique, en croisant divers espaces à Santiago autour d'une même intensité vocale de révolte. Il transforme un geste expressif élémentaire – crier – en motif cinématographique central, à la fois sensoriel et collectif.
Dispositif et cadrage
Le film adopte une esthétique de captation de rue typique de CaosGermen : caméra légère, souvent portée, cadrages serrés ou moyens, instables mais contrôlés, qui plongent dans la proximité des corps. Les plans peuvent alterner entre rues, façades, foules ou visages, mais toujours avec l'idée d'encadrer un espace où le cri résonne, créant une sorte de « chambre d'écho » urbaine.
Son, montage et motif du cri
Le design sonore est au cœur du film : superposition ou succession de cris, slogans, voix saturées, captés en direct dans les manifestations, montés pour produire une montée d'intensité plus qu'un discours argumenté. Le montage joue sur le rythme des cris (ruptures, répétitions, silences relatifs), sculptant le temps comme une pulsation d'indignation dans la ville.
Ton et dimension urbaine
« Gritos » propose une cartographie affective plutôt qu'un reportage localisé : les lieux précis comptent moins que la continuité sonore et émotionnelle du cri comme forme de résistance. Le ton oscille entre urgence brute (violence du son, instabilité des images) et abstraction politique : le cri, dépouillé de contexte explicatif, devient un signe pur de refus, une énergie qui traverse frontières et villes.
Le montage articule la temporalité immédiate du cri avec une mémoire plus large de la révolte, en jouant sur la répétition et la circulation entre lieux.
Superposition de temps présents
Le film enchaîne des plans issus de moments et de la ville de Santiago, mais les raccorde par le cri, ce qui produit un présent continu où plusieurs instants deviennent un seul temps d'insurrection. La discontinuité chronologique est ainsi absorbée dans une continuité sonore : chaque nouveau plan semble prolonger le même cri, comme si la protestation ne s'arrêtait jamais.
Mémoire affective plutôt que récit historique
En évitant datations, repères explicatifs ou voix off, le montage construit une mémoire sensorielle plutôt qu'une chronologie des événements. Les cris accumulés fonctionnent comme des rémanences : ils reviennent de plan en plan, donnant au film la forme d'un souvenir collectif condensé, où différentes manifestations se superposent en une seule mémoire de lutte.
La narration est rythmée par une alternance de plans rapprochés et de plans plus larges sur l'espace urbain.
Proximité des corps
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Des plans rapprochés et moyens captent les bouches, visages, torses ou petits groupes en train de crier, donnant une dimension physique, presque tactile, au motif sonore.boba+1
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Ces plans intensifient la sensation d'urgence et d'implication, en ancrant le cri dans des corps concrets plutôt que dans une abstraction sonore.dw+1
Inscription dans l'espace
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Des plans plus larges sur rues, façades, foules ou carrefours replacent ces cris dans un environnement urbain identifiable, montrant comment ils résonnent dans la ville.
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L'alternance entre serré et large crée un rythme respiratoire : contraction sur le cri, dilatation sur l'espace, ce qui structure la minute de film comme une suite de pulsations collectives.
4) Qué dirá el santo padre, brigadaregistro, CaosGermen, 53'', Santiago, 26 octobre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/953912204971984
5) Tía Lucy, Flavia, Makzecat, CaosGermen, (59''), Santiago, 27 ocotbre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/405751426765961
Voir la vidéo : https://www.youtube.com/shorts/rcpaMnlMiNQ

6) Destierra, Grupo Paralelas, CaosGermen, Santiago, 4 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/402866070598767
7) Fútbol, Benjamín Pérez, CaosGermen, (29''), Santiago, 4 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/590710521470698
8) Bandera falsa, Flavia, Makzecat, CaosGermen, (1'02''), Santiago, 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/2474775016091505
9) Huracán, Cristóbal Acevedo, CaosGermen, (26''), Santiago,6 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/2540051432885396
10 ) Camuflaje, Daniela Sabrovsky, CaosGermen, (1'), Santiago, 6 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/501395537118325
11) El teniente a la calle, Coelctivo de realizadores de la VI región, CaosGermen, (32''), Rancagua, 7 novembre, 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/420283812218469
11) Ejercicios de contra-zapping, Felipe Rodriguez, CaosGermen, (59''), Santiago, 7 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/736908476815764
12) Este hombre es chileno, Sebastían Arriagada, CaosGermen, (57''), Santiago, 7 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/418582602369793
« Este hombre es chileno » est un court métrage d'une minute qui interroge l'identité nationale en pleine révolte, en adoptant une forme hybride entre micro-portrait et intervention graphique. Le film déplace la question de la "chilenité" du terrain des symboles patriotiques vers celui du corps en lutte.
Montage et intervention graphique
Le montage et la post-production jouent un rôle clé, en accord avec l'appel du collectif CaosGermen à « ré-signifier » les images. Le titre même, « Este hombre es chileno », fonctionne comme un ancrage textuel qui oriente la lecture : il affirme une identité là où le discours officiel voyait souvent des "délinquants" ou des "ennemis". Le film utilise des effets de ralentissement, de boucle ou de surimpression textuelle pour donner à cette image brève une épaisseur réflexive, transformant un instantané de rue en affirmation politique existentielle.
Tonalité et re-signification
Le ton est à la fois affirmateur et critique. En déclarant « cet homme est chilien », le film réclame l'appartenance nationale pour ceux qui sont dans la rue, contestant implicitement la définition de l'ordre public qui les exclut. C'est une opération de légitimation par l'image : montrer le corps chilien non pas dans la soumission ou la normalité, mais dans l'acte de révolte, comme la forme la plus authentique de citoyenneté à ce moment précis.
Le court métrage "Este hombre es chileno" fait écho aux images de la répression sous la dictature de Pinochet de plusieurs manières :
1. La persistance de la figure de l'« ennemi intérieur »
Le titre "Este hombre es chileno" fonctionne comme une réponse directe à la rhétorique de la dictature (et parfois celle de l'estallido de 2019) qui déshumanisait les opposants en les qualifiant d'ennemis, d'extrémistes ou de "non-chiliens".
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Sous Pinochet : L'opposant politique était un "cancer marxiste" à extirper, souvent torturé ou disparu, nié dans son identité nationale.
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Dans le film : En affirmant "cet homme est chilien", le film réintègre symboliquement le corps du manifestant (souvent brutalisé par la police) dans la communauté nationale. Il s'oppose à la logique d'exclusion qui justifiait hier comme aujourd'hui la violence d'État.
2. Continuité des dispositifs de violence
L'image du corps réprimé ou en lutte dans le film réactive la mémoire visuelle des violences de la dictature :
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Iconographie de la rue : Les scènes de manifestations, de gaz et d'affrontements avec des forces militarisées (Carabineros) rappellent visuellement les interventions de l'armée dans les années 80.
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L'impunité et l'anonymat du pouvoir : Si le manifestant est "cet homme" (singulier, humain), la force qui lui fait face est souvent anonyme, blindée, rappelant la mécanique déshumanisante de la DINA ou de la CNI.
3. Le corps comme seul territoire de résistance
Comme sous la dictature, où les corps étaient le premier lieu de la répression (torture, disparition) mais aussi de la résistance (les mères de détenus disparus, les protestations), le film montre que le corps reste l'ultime rempart. Affirmer l'identité chilienne de ce corps, c'est refuser qu'il soit traité comme un déchet ou une cible, un geste de dignité qui relie directement les luttes de 1973-1990 à celles de 2019.
13) El rastro de las paredes, Revista Oropel, Caos Germen, (1'01''), Santiago, 8 novembre 019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/425134205070603
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15) Vientos del pueblo, Pablo Cortés, CaosGermen, (1'), Santiago, 12 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/526356084852372
16) Amiga, Yuna Riglos, CaosGermen, (39''), Santiago, 14 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/425909894740397
17) Barricada, Margarita Carrasco, CaosGermen, (23''), Valdivia , 15 novembre 2019.
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« Barricada » est un micro‑film de 23 secondes qui traite la barricade non comme un objet physique mais comme une pure texture visuelle et sonore, frôlant l'abstraction. Il condense en un temps infime l'énergie thermique et le chaos sensoriel de la révolte.
Dispositif et cadrage
Le film repose sur des gros plans ou plans serrés sur le feu, les matériaux qui brûlent et les silhouettes qui s'agitent autour, souvent floues ou fragmentées par la fumée et la chaleur. Le cadrage abandonne la volonté de montrer la scène globale (la rue, la police) pour plonger à l'intérieur de la matière en combustion, créant une image haptique où l'on « sent » la chaleur plus qu'on ne voit l'action tactique.
Montage et rythme
Le montage est extrêmement rapide, peut‑être stroboscopique, en accord avec la durée très courte (23 secondes). Il juxtapose des éclats de lumière, d'ombres et de mouvements brusques, mimant l'instabilité et l'adrénaline du moment de l'émeute. Ce rythme frénétique empêche le spectateur de se repérer spatialement, l'immergeant directement dans le vertige de l'affrontement.
Tonalité plastique et sonore
La palette est dominée par les rouges, oranges et noirs profonds, transformant la barricade en peinture vivante de lumière et d'obscurité. Le son (crépitements, cris lointains ou saturés, souffle du feu) renforce cette dimension physique, presque abstraite, où la barricade n'est plus seulement un obstacle de rue, mais le foyer incandescent de la révolte.
18) Ya no somos ciegxs, canal.autónoma.feminista (CAF), CaosGermen, (1'01''), Santiago, 18 novembre 2019.
Lien vers la publication originale : https://www.facebook.com/caosgermen/videos/1450594701757700
19) Lasers, Cristóbal Acevedo, Oyedaia, CaosGermen, (1'), Santiago, 21 novembre 2019.<br>
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« Lasers » est un micro‑film d'une minute qui transforme l'usage des pointeurs laser par les manifestants en image quasi science‑fictionnelle, entre abstraction lumineuse et geste de guérilla low‑tech. Il fait du jeu de rayons verts dans la nuit une écriture visuelle de la résistance face à l'appareil policier.ignacio-becerra+3
Dispositif visuel et types de plans
La caméra, légère et probablement portée, enregistre la scène de nuit avec une esthétique de captation de rue, laissant apparaître tremblements, variations de mise au point et recadrages rapides. Les plans, plutôt larges ou moyens, cadrent le ciel, les façades et la masse des lasers, de manière à faire percevoir le faisceau collectif plutôt que des individus isolés.
Lumière, couleur et abstraction
La palette est dominée par le noir nocturne et le vert intense des pointeurs laser, parfois rejoints par des lumières urbaines ou des signaux bleus/rouges liés à la police. Ces rayons, multipliés, tracent des diagonales et des réseaux lumineux qui stylisent la manifestation en composition abstraite, tout en renvoyant à leur fonction tactique réelle (aveugler ou saturer les dispositifs de contrôle).
Son, rythme et ton politique
Le son reste diégétique (clameurs, circulation, éventuels slogans ou bruits de répression), tandis que le montage épouse le rythme visuel des lasers, créant une pulsation quasi musicale. Le film adopte ainsi un ton à la fois ludique et combatif : ces traits verts, graphiquement séduisants, révèlent une forme d'inventivité populaire qui détourne un gadget banal en arme symbolique contre le regard policier.
La tension vient d'abord du contraste entre la spectaculaire abstraction visuelle des lasers et la rugosité du son direct.
Densité sonore et rumeur collective
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La rumeur continue de la foule, mêlant cris, commentaires, parfois slogans ou bruits de course, crée un fond sonore instable qui signale en permanence le risque et la violence.
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L'absence de musique non diégétique laisse ces sons bruts, non adoucis, ce qui maintient le spectateur dans un état de vigilance, comme immergé au milieu des manifestants.
Pointes sonores et hors‑champ
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Des pics de volume (explosions de cris, détonations, sirènes éventuelles) surgissent de manière relativement imprévisible, reliant les faisceaux lumineux à un hors‑champ répressif que l'image ne montre pas toujours.
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Ce décalage entre ce que l'on voit (des rayons verts presque ludiques) et ce que l'on entend (bruit d'affrontement, tension policière) produit une tension sourde : la beauté graphique des lasers est constamment contaminée par un climat sonore de danger.
