Clips musicaux
1) El pueblo unido jamás será vencido, Víctor Jara Sinfónico, 3'53'', Santiago, 10 novembre 2019.
Caractérisation cinématographique de "El pueblo unido - Víctor Jara Sinfónico"
Ce document vidéo, daté du 10 novembre 2019 au Centre Gabriela Mistral (GAM), n'est pas un simple captation de concert, mais un registre documentaire épique qui transforme une performance musicale en assemblée politique. Il témoigne de la réappropriation des symboles de l'Unité Populaire pour structurer l'émotion collective de l'estallido.journals.uclpress+1
1. Registre et Genre : La Symphonie de Rue
Le film oscille entre le concert filmé et le cinéma direct de foule.
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Résonance Historique : La performance de l'hymne de Sergio Ortega et Quilapayún (souvent associé à tort à Víctor Jara dans le titre, bien que Jara soit l'esprit tutélaire) fonctionne comme une messe laïque. Le film capte le moment où la musique savante (orchestre symphonique, chœur) fusionne avec la rue (la foule qui chante), abolissant la frontière entre scène et public.journals.uclpress
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Espace du GAM : Le lieu (Centre Gabriela Mistral, ancien bâtiment de l'UNCTAD III sous Allende) est un personnage à part entière. La caméra documente l'occupation de cet espace symbolique, transformant le parvis en agora vibrante.gam
2. Cadrage et Relation à la Foule
La composition visuelle privilégie l'immersion et la monumentalité.
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Plan d'Ensemble Plongeant ou Panoramique : La caméra cherche souvent à saisir l'immensité de la foule, créant une image océanique du "pueblo" uni. Ces plans larges montrent que le véritable protagoniste n'est pas le chef d'orchestre, mais la masse chantante qui s'étend à perte de vue.vk+1
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Le Geste Collectif : Le cadrage s'attarde sur les poings levés, les drapeaux et les visages émotifs, capturant la chorégraphie spontanée de la résistance. Le rythme dde la vidéo suit la montée en puissance de la chanson ("Y ahora el pueblo..."), synchronisant l'image avec le crescendo émotionnel.
3. Tonalité : Solennité Révolutionnaire
Le ton est héroïque et cathartique.
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Fusion Temporelle : Le film rend visible la "persistance du passé" : les chants de 1973 ne sont pas des pièces de musée, mais des armes actuelles. La solennité de l'orchestration symphonique ajoute une gravité qui légitime la révolte, l'inscrivant dans la grande histoire plutôt que dans le désordre.
Emotion Sonore : La bande-son est dominée par le chant de la foule qui couvre parfois l'orchestre. Cette saturation sonore est politique : elle dit que la voix du peuple est plus forte que tout dispositif formel. Le film documente une communion, un moment où la peur de la répression est suspendue par la puissance du collectif.
En résumé
Cette vidéo est un document d'exaltation collective. Elle utilise le langage cinématographique (plans larges, immersion sonore) pour prouver la thèse de la chanson : le peuple est uni, visible et invincible. C'est une image de victoire morale au cœur de la crise.
2) A mi Ciudad - Luis Le-Bert, Leonardo Toro, 8'15'', Santiago, 13 novembre 2019.
Caractérisation cinématographique de "A mi Ciudad" - Luis Le-Bert (2019)
Ce document vidéo est une séquence-témoignage en prise unique (plano secuencia) qui met en scène le retour d'une chanson emblématique de la dictature dans le contexte de l'estallido social. C'est un cinéma de l'urgence poétique, qui relie deux époques par la marche et la voix.
1. Registre et Dispositif : Le Travelling de la Mémoire
Le film adopte le dispositif du plan-séquence déambulatoire.
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Continuité Temporelle : En une seule prise, sans coupe, la caméra suit Luis Le-Bert marchant dans le Parque Bustamante, une zone de conflit ("entre balazos y esperanzas"). Cette continuité temporelle crée une tension palpable : la chanson doit aller jusqu'au bout malgré l'environnement hostile.youtube
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Performance In Situ : Ce n'est pas un clip, mais une performance live au milieu des ruines urbaines (graffitis, barricades suggérées). L'artiste ne chante pas pour une salle, mais pour la ville elle-même, réactivant les paroles de 1981 ("A mi ciudad quiero tener...") dans le présent de 2019.
2. Cadrage et Relation à l'Espace
La composition visuelle oscille entre le portrait intime et la fresque urbaine.
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Cadrage Centré et Mobile : La caméra (tenue par Leonardo Toro) reste focalisée sur Le-Bert, souvent en plan moyen ou rapproché, captant l'émotion de son visage et l'énergie de son geste. Mais elle bouge avec lui, intégrant par moments l'arrière-plan flou ou net du parc occupé, des passants, des traces de la révolte.
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Profondeur de Champ Politique : L'arrière-plan n'est pas un décor, c'est le sujet de la chanson. Les arbres, les murs peints, la lumière de fin d'après-midi ("el sol de primavera" mentionné dans la chanson) dialoguent avec le texte. Le cadrage replace le chanteur historique au cœur de la nouvelle "tribu" qui occupe la rue.
3. Tonalité : Mélancolie Combative
Le ton est à la fois nostalgique et urgent.
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Le Chant comme Arme : La voix de Le-Bert, vieillie mais puissante, accompagnée de sa seule guitare, porte une charge émotionnelle lourde. La chanson, qui parlait d'une ville où "murió un día el sol de primavera" (coup d'État), résonne étrangement avec la répression de 2019, créant un pont temporel de douleur et d'espoir.
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Atmosphère de "Trêve" : Le film capture un moment suspendu. Au milieu du chaos (les "balazos" mentionnés en description), il y a cette bulle de musique. C'est un cinéma qui documente la résistance spirituelle : chanter pour ne pas avoir froid, pour ne pas se sentir seul.
En résumé
Cette vidéo est un clip musical ambulatoire. Elle utilise la simplicité radicale du plan unique pour authentifier l'émotion. Elle ne cherche pas à esthétiser la révolte, mais à accompagner un barde qui traverse sa ville blessée pour lui redonner une histoire.
3) No Estamos En Guerra, colectivo de músicos, Rod Gate, 8'18'', Santiago, 22 novembre 2019.
4) La Bonilla dando la cara, Anónimo, 7'38'', Antofagasta, 23 novembre 2019.
5) Quememos el reino, Camila Moreno, Gowosa, 4'31'', Santiago, 6 décembre 2019.
Caractérisation cinématographique de "Quememos el reino" - Camila Moreno (2019)
Ce clip vidéo, réalisé par Camila Moreno et Gowosa, est une œuvre de fiction dystopique in situ qui utilise le décor réel de l'estallido social pour construire un récit féministe et apocalyptique. Contrairement aux vidéos documentaires brutes, c'est une pièce de cinéma stylisée qui transforme la rue en plateau de tournage onirique.
1. Registre et Genre : Le Réalisme Magique Révolutionnaire
Le film opère une fusion entre le clip musical, le manifeste politique et le conte fantastique.
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Mise en Scène de la Révolte : Le clip a été tourné en novembre 2019, au cœur des "ruines" de Santiago (graffitis, barricades, feux). Cependant, il ne se contente pas de filmer l'émeute, il la chorégraphie. La présence d'actrices renommées (Paulina García, Nuri Gutés) et de performeuses introduit une dimension théâtrale : la révolte n'est pas subie, elle est jouée et ritualisée.
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Esthétique Cyberpunk/Paganiste : Le clip mêle des éléments de science-fiction (esthétique "scrappunk", prothèses, maquillages futuristes) à des rituels païens (feu, danse, sororité). Il propose une vision du monde où la technologie et la magie ancestrale s'allient pour "brûler le royaume" patriarcal.
2. Cadrage et Esthétique Visuelle
La composition est sophistiquée, loin de l'urgence du smartphone.
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Clair-Obscur et Néons : La photographie joue sur les contrastes nocturnes : la noirceur de la ville coupée d'électricité, illuminée par les brasiers des barricades et des lumières artificielles (néons rouges, lasers). Cette ambiance colorimétrique (dominée par le rouge et le noir) dramatise l'espace urbain, le transformant en un "reino" infernal et sublime.
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Corps Glorifiés : La caméra magnifie les corps féminins et dissidents. Plans larges sur des groupes de femmes marchant comme une armée, gros plans sur des visages maquillés de "guerre" ou blessés (référence aux victimes oculaires). L'esthétique vise à héroïser la femme rebelle, la montrant non pas comme victime, mais comme guerrière sacrée.
3. Tonalité : Hymne de Sororité
Le ton est épique et incantatoire.
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Liturgie Féministe : La chanson et les images fonctionnent comme un appel à la "tribu". Les scènes de danse collective, les regards caméra intenses et les gestes de soin entre femmes construisent une narration de l'amour politique. "Quememos el reino" n'est pas un appel à la destruction aveugle, mais à la purification par le feu pour bâtir un nouveau monde basé sur l'alliance féminine.
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Transgression Joyeuse : Malgré la violence du contexte (répression, ruines), le film dégage une énergie vitale. Il montre le plaisir de la désobéissance, la joie de se retrouver entre "amigas" pour défier l'ordre établi. C'est une célébration de la puissance retrouvée.
En résumé
Cette vidéo est un ciné-manifeste visionnaire. Elle utilise les outils du cinéma de fiction (mise en scène, acteurs, lumière soignée) pour mythifier l'événement historique. Elle ne documente pas seulement ce qui s'est passé, elle projette ce que la révolte signifie dans l'imaginaire féministe : la fin d'un monde et le début d'un autre.
6) Miño en Plaza de la Dignidad, Los Bunkers, 5'46'', Santiago,13 décembre2019
7) ¡Porque el pueblo seguirá en calle!, OjoChile, 5'10'', Santiago, 17 décembre 2019.
https://www.facebook.com/111284356975527/videos/2203460676622546
8) Marichiweu, Casaparlante, colectivo de músicos, 7'48'', Santiago, 23 décembre 2019.
Caractérisation cinématographique de "Casaparlante: Marichiweu"
Ce document vidéo, publié le 20 décembre 2019, est un clip-cypher intergénérationnel qui transforme le dispositif de la session live en manifeste politique. Il réunit des figures du hip-hop, de la pop et de la musique andine/mapuche pour construire un récit polyphonique de la révolte.
1. Registre et Dispositif : Le Cypher comme Assemblée
Le film reprend les codes de l'émission Casaparlante (musique live dans un espace domestique, proximité public-artiste) mais les détourne pour en faire une assemblée constituante musicale.
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Succession de Voix : Le format "cypher" (passage de micro d'un artiste à l'autre sans coupure musicale) devient une métaphore de l'unité populaire. Chaque artiste (Luanko, Flor de Rap, Javiera Parra, etc.) représente une facette de la société chilienne (mapuche, urbaine, historique, jeune) qui s'exprime tour à tour sur le même rythme.
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Espace Saturé : La pièce est bondée, les artistes et le public sont mélangés, créant une image de densité et de solidarité. Contrairement à un clip studio épuré, ici l'encombrement des corps dit l'urgence de se rassembler.
2. Cadrage et Esthétique
La réalisation privilégie l'énergie du direct et la lisibilité du message.
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Caméra Participative : La caméra est au cœur de l'action, souvent en mouvement, passant d'un visage à l'autre, captant les interactions spontanées et les regards complices. Elle ne se contente pas de filmer une performance, elle participe à l'énergie du cercle.
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Esthétique de l'Hymne : Le refrain "No estamos en guerra" scandé à la fin, avec tous les artistes à l'image, construit un tableau final puissant. Le cadrage s'élargit pour inclure tout le monde, transformant la session acoustique en hymne de stade. Les inserts possibles de drapeaux ou de symboles (comme le trutruca mapuche) ancrent visuellement le titre Marichiweu ("Dix fois nous vaincrons").
3. Tonalité : Résilience et Pluralité
Le ton est revendicatif et inclusif.
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Fusion des Styles : Le passage du rap (Luanko, NFX) à la cumbia (La Combo Tortuga) ou au chant mélodique (Javiera Parra) crée une tonalité unique : celle d'un Chili diversifié mais uni par la même colère et le même espoir.
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Dignité Mapuche : L'ouverture et le titre en mapudungun (Marichiweu) donnent le ton spirituel et politique. Ce n'est pas seulement une chanson de protestation, c'est une réaffirmation de l'identité indigène comme racine de la résistance actuelle. Le film documente cette alliance inédite entre la rue urbaine et la lutte ancestrale.
En résumé
"Casaparlante: Marichiweu" est un Clip-mosaïque. Il utilise le langage du clip live pour tricoter ensemble les différentes voix de l'estallido, prouvant par l'image et le son que "Chile despertó" n'est pas un slogan, mais une réalité chorale.
9) El pueblo se rebela, Santiago Rebelde, La Cuna Films, 3'21'', Santiago, 25 décembre 2019.
10) Millones (Plaza de la Dignidad, Diciembre 2019), Camila Moreno, 3'45'', Santiago, 31 décembre 2019.
Caractérisation cinématographique de "Camila Moreno - Millones (Plaza de la Dignidad, Diciembre 2019)"
Ce document vidéo est une captation d'urgence qui transforme un concert improvisé du Nouvel An 2020 en rituel de possession collective. Il documente comment la chanson "Millones" cesse d'appartenir à l'artiste pour devenir la bande-son organique de la foule.
1. Registre et Dispositif : Le Concert de protestation
Le film relève du documentaire d'intervention musicale.
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Scénographie : Camila Moreno chante au niveau de la foule, ou à peine au-dessus, immergée dans la masse compacte de la Plaza de la Dignidad. Le dispositif filmique (caméra portée, probablement smartphone ou caméra légère) traduit cette horizontalité : l'artiste est une voix parmi les "millions".
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Lumière de Résistance : L'éclairage est précaire, composé de lumières de scène improvisées, de lasers verts des manifestants et de feux d'artifice lointains. Cette esthétique nocturne et saturée ancre la performance dans la réalité de l'occupation, loin du glamour du spectacle.
2. Cadrage et Relation Artiste-Public
La composition visuelle efface la distinction entre performeur et spectateur.
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Plans Serrés et Agités : Le cadrage est instable, bousculé par la foule. Il alterne entre le visage intense de Moreno, criant presque les paroles, et les visages des manifestants qui reprennent le refrain en chœur. Cette proximité physique crée une image de corps collectif en transe.youtubebonafidemag
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Le Hors-Champ Sonore : L'image montre la chanteuse, mais le son raconte une autre histoire : celle d'une foule immense qui couvre parfois sa voix. Le montage sonore laisse entendre cette "masse sonore" brute, validant le discours de la chanson ("millones de almas").
3. Tonalité : Hymne Anti-Système
Le ton est rageur et prophétique.
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Réactualisation du Sens : La chanson de 2009, qui parlait des multinationales ("millones de almas en su cuenta"), prend un sens nouveau et littéral le 31 décembre 2019. Le film capture le moment où le texte rencontre son incarnation historique : les "millions" ne sont plus des victimes, mais des acteurs présents sur la place.youtubebonafidemag
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Énergie Cathartique : La performance est brute, sans arrangement sophistiqué. C'est un cri partagé pour clore une année de violence et ouvrir une année d'incertitude. Le cinéma enregistre ici une communion politique, où chanter "no gobernarán el futuro" devient un acte de foi performatif.
En résumé
Cette vidéo est un fragment d'histoire brute. Elle utilise l'esthétique du "humilde registro" (comme indiqué dans le titre) pour authentifier la puissance du moment. Ce n'est pas un clip, c'est une preuve : la preuve qu'à cet instant précis, la musique était le carburant de la révolte.
11) En Primera Línea ft. Akadroow, Borderline, Daniel Spack, 4'36'', Santiago, 16 janvier 2020.
12) Ármate. La Lira Libertaria (Tango), Bailarines de Tango, Pueblo de Chile y Gustavo Paul©, 4'34'', Santiago, 14 décembre 2021.
Caractérisation cinématographique de "Ármate - La Lira Libertaria (Tango)"
Ce document vidéo est un clip-manifeste qui met en scène le dialogue entre deux formes de "violence" esthétique : celle du tango (danse de conflit et de passion) et celle de la barricade sociale (le texte anarchiste et les images de l'estallido). Il s'agit d'une œuvre hybride mêlant performance chorégraphiée et registre documentaire.
1. Registre et Dispositif : Le Tango Insurrectionnel
Le film opère une fusion des genres.
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Performance Allégorique : Le cœur du dispositif est une couple de danseurs de tango (Gustavo Paul et partenaires) évoluant dans des lieux marqués par la révolte ou la ruine. Le tango, avec ses codes de tension, de corps-à-corps et de rupture, devient l'allégorie physique de la lutte sociale décrite par les paroles ("Ármate y sé violento").
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Montage Dialectique : Le clip alterne ou superpose ces séquences de danse stylisées avec des images documentaires brutes de l'estallido (barricades, feu, répression). Ce montage crée un dialogue : la danse est une forme de combat, et le combat de rue possède sa propre chorégraphie tragique.
2. Cadrage et Esthétique Visuelle
La composition travaille sur l'élégance dans le chaos.
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Esthétisation de la Violence : Le texte invite à être "hermosamente violento" (magnifiquement violent). Visuellement, cela se traduit par une photographie soignée pour les scènes de danse (lumière dramatique, cadrage stable) qui contraste avec le grain sale et instable des images de rue.
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Le Feu comme Leimotiv : Le feu (barricades, torches, ou métaphorique dans la danse) est omniprésent. Il éclaire les visages et les corps, unifiant les deux registres (danse et émeute) sous une même lumière chaude et dangereuse.
3. Tonalité : Lyrisme Anarchiste
Le ton est passionné et doctrinaire.
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Romantisme Révolutionnaire : La musique (un tango-milonga avec guitare, violon, bandonéon) et la voix chantée apportent une solennité mélancolique. Loin du cri punk, c'est une invitation séduisante à la sédition. Le film romantise l'insurrection en la présentant comme un acte d'amour ("Ármate, ármame") et de beauté nécessaire.
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Pédagogie de l'Action Directe : Le texte est explicite ("combate, quema, conspira"). Le film ne se contente pas d'illustrer, il enseigne une éthique de la violence défensive ("cualquier acción violenta se justifica plenamente"). La mise en scène sert à rendre cette violence désirable et légitime, en l'inscrivant dans une tradition culturelle noble (la musique populaire, le tango).
En résumé
Cette vidéo est un ciné-poème anarchiste. Elle utilise la séduction du langage cinématographique et musical pour désamorcer la peur de la violence politique, transformant l'émeutier en danseur et la barricade en piste de bal tragique.
