Documentaires

1) Filmaciones en Primera Línea, Heinrich Böll, 3'10'', Santiago, décembre 2019. 

1. Registre : Cinéma d'Urgence et d'Immersion

Ce court métrage s'inscrit dans le registre du cinéma direct ou du documentaire de guérilla. Point de vu "embarquée". Cinéma d'intervention qui ne se contente pas de montrer l'événement, mais qui le vit de l'intérieur.

2. La Caméra : Une Esthétique du mouvement

L'image est caractérisée par une caméra portée (handheld camera), souvent instable qui fonction comme un marqueur de vérité :

  • Instabilité et tremblements : Ils traduisent physiquement la violence des affrontements, les courses-poursuites et l'adrénaline de la "Primera Línea". L'image respire au rythme de la respiration haletante du cameraman.
  • Cadrage Serré (Gros Plans) : Le film privilégie les gros plans sur les visages (souvent masqués ou encapuchonnés), les yeux et les mains. Ce choix humanise des sujets souvent déshumanisés par les médias traditionnels, cherchant l'émotion et la détermination dans le regard plutôt que l'identité civile.
  • Profondeur de champ faible, isolant les protagonistes du chaos environnant (fumée, gaz lacrymogènes), créant une bulle d'intimité au cœur de la bataille.

3. La Bande Sonore : Contrepoint et Ancrage

Le traitement sonore est dichotomique, jouant sur deux tableaux :

  • Son In Situ (Diégétique) : Le mouvement sonore de la manifestation (cris, détonations, sirènes) ancre le film dans une réalité brute et dangereuse.
  • La Parole Témoignage (Voix-in) : Témoignages articulés et politiques ("dignidad", "revolución inteligente"). Il y a un contraste fort entre la violence visuelle et la clarté intellectuelle du discours. Le montage sonore utilise ces voix pour structurer le récit, transformant le bruit de la fureur en un discours politique cohérent.
  • Musique Extradiégétique : La présence de musique (notée [Música]) indique une volonté d'épopée ou de dramatisation, éloignant le film du simple reportage brut pour lui donner une dimension lyrique ou héroïque.

4. Le Montage : Rythme et Signification

Le montage semble alterner entre deux temporalités :

  • Le Temps de l'Action : Coupes rapides (jump cuts), ellipses, qui suivent la dynamique de l'affrontement (courir, lancer, se protéger).
  • Le Temps de la Réflexion : Des moments de pause où la parole est donnée aux manifestants. Ce montage dialectique sert un but rhétorique : montrer que l'action violente (la "Primera Línea") est la conséquence réfléchie d'une injustice sociale ("pension de mierda", "40 años"), et non un acte de vandalisme gratuit.

Résumé de l'Intention Cinématographique

Le film construit une héroïsation du sujet collectif. La "Primera Línea" n'est pas filmée comme une masse informe, mais comme un corps organisé et conscient. Le langage cinématographique (caméra au poing, immersion sonore, montage alterné) sert ici à légitimer la lutte en plaçant le spectateur physiquement aux côtés des manifestants, partageant leur danger et, par extension, leur cause.

Photogramme du film (Espace public)

2) Somos Caleta, Vesten Vanis, 38'31'', Santiago, 28 décembre 2019.

  • Somos Caleta, Vesten Vanis, 38'31'', Santiago, 28 décembre 2019.

Caractérisation cinématographique de "Somos Caleta"

1. Esthétique Visuelle : Le "Found Footage" Numérique

Le film adopte l'esthétique du "found footage" contemporain (images trouvées), s'éloignant du cinéma direct classique pour embrasser la texture des médias sociaux.

  • Format Vertical et Hétérogène : L'utilisation de vidéos au format vertical (portrait) signale une origine smartphone (Instagram/Facebook Live). Cette contrainte formelle devient un marqueur d'authenticité et d'immédiateté. Le cadre est souvent agité, soumis aux mouvements brusques de la fuite ou de la confrontation, créant une esthétique du fragment.
  • Zoom Numérique et Pixelisation : L'image subit les dégradations de la compression numérique et du zoom in-situ, traduisant visuellement la distance nécessaire pour filmer la répression en sécurité, tout en cherchant à "capturer" la preuve (les flics qui allument le feu, les tirs).
  • Perspective Subjective Multiple : Contrairement à un point de vue unique, la caméra change constamment de mains (virtuellement). Nous voyons à travers les yeux de multiples témoins anonymes, créant un "panoptique inversé" où ce sont les citoyens qui surveillent le pouvoir.

2. La Bande Sonore : Expérimentation et Contrepoint

La description du film comme "Documental-EP" avec une "bande sonore électronique" est cruciale.

  • Musique Diégétique vs Extradiégétique : Le film ne se contente pas du son ambiant. La musique électronique de Vesten Vanis (tracks comme "Toque de Queda", "Chile Despertó") agit comme un liant rythmique. Elle ne cherche pas seulement à dramatiser (comme dans un reportage classique) mais à créer une atmosphère hypnotique ou oppressante, transformant le chaos visuel en une expérience sensorielle structurée.
  • La Voix Acousmatique : Les témoignages sont souvent présentés sous forme d'audios (probablement des messages vocaux WhatsApp/Telegram) déconnectés de l'image de celui qui parle. Cette disjonction (son off) universalise le témoignage : la voix qui raconte la mort de sa mère ou la blessure oculaire devient la voix de n'importe quel manifestant.
  • Échantillonnage du Réel : Le son des cacerolazos, des tirs et des cris est traité comme de la matière musicale, intégré au mixage électronique, floutant la frontière entre le bruit documentaire et la composition artistique.

3. Montage et Structure : Collage Narratif

Le montage ne suit pas une ligne chronologique stricte mais plutôt thématique et émotionnelle.

  • Montage d'Association : Le film juxtapose des événements distincts (répression à l'hôpital Van Buren, pillage autorisé, tirs à Reñaca) pour construire un argumentaire politique : la violence n'est pas fortuite, elle est systémique et parfois orchestrée (théorie du montage policier).
  • Rythme du Clip : Influencé par le format "EP" (Extended Play musical), le montage adopte un rythme soutenu, synchronisé avec la musique, qui diffère de la contemplation documentaire traditionnelle. C'est un cinéma de l'urgence qui pulse.

4. Registre Narratif : Témoignage et Dénonciation

Le film opère dans un registre de dénonciation militante.

  • Rhétorique de la Preuve : De nombreuses séquences visent à prouver des faits contestés par le récit officiel (la police allumant un incendie, l'utilisation de balles réelles/métalliques). La caméra se fait outil forensique (forensic).
  • Intimité Politique : Le récit mêle le macro-politique (la constitution, Piñera) au micro-politique (la douleur intime, le deuil, la peur). L'histoire de la mère décédée du cancer à l'hôpital Van Buren sert d'ancrage émotionnel pour justifier la colère collective, reliant la "dignité" abstraite à une réalité corporelle souffrante.

En résumé, "Somos Caleta" est un film-mosaique qui utilise les outils de la production numérique (smartphones, montage rapide, musique électronique) pour documenter une révolte depuis l'intérieur, rejetant l'objectivité journalistique au profit d'une subjectivité collective et immersive.

3) Sentido (en) Común, Un documental sobre la revuelta en Chile, Sophia Boddenberg, Michell Moreno, 63', Santiago, 17 octobre 2020.

4) Más allá de las rimas, Hip Hop y estallido social en Chile, Anónimo, 55'49'', Santiago, 20 octobre, 2020.

5) Roteque Fest, los músicos al inicio del Estallido social, Anónimo, 21', Santiago, 2020.

 6) Piñera, la guerra contra Chile, Carlos Pronzato, 63'19'', Santiago, 26 avril 2020.

7) Estallido en Valparaiso, A 2 años de la revuelta social, creación colectiva UPLA TV, Canal universitario de televisión publica, 27'17'', Valparaiso, 18 octobre 2020.

8) Real Windows. El estallido social en Valparaíso, Joel Cisternas, Pedro Pavez, 80', Valparaiso, 2022. Trailer.

9) Mi País imaginario, Patricio Guzman, 83'02'', Santiago, 6 juillet 2022. 

10) Chile, el pueblo contra los economistas, Carola Fuentes, Rafa Valdevellano, 57'59'', Santiago, 2022. 

11) No son 30 pesos, Chile genealogía de una insurrección, Fernando Krichmar Porto, Cine Insurgente, Buenos Aires, Argentina, 2023. Trailer.

Guion: Fernando Krichmar , Ximena González y Claudio Molina, Buenos Aires, 7 de diciembre de 2023.

Sinopsis

Un grupo de jóvenes actores intenta recrear algunas de las escenas fundamentales que cuentan la trayectoria del Frente Patriótico Manuel Rodriguez, la guerrilla creada por el Partido Comunista chileno, luego de 10 años de iniciada la dictadura del genocida Augusto Pinochet en diciembre de 1983

Duración: 107 minutos.

12) El que baila pasa, Carlos Araya, 80', Santiago, 10 mai 2024. Trailer.

13) Oasis, Tamara Uribe, Felipe Morgado, Santiago, 7 novembre 2024.

À la suite d'une révolte populaire sans précédent, le Chili décide de rédiger une nouvelle Constitution. Une assemblée hétéroclite sera chargée de coucher sur le papier les rêves de dignité et de justice sociale du peuple chilien. Quels risques pourraient survenir ?

Cuando Chile quiso escribir una nueva Constitución, el país votó por un organismo democrático para hacerlo. Los resultados del comienzo fueron muy distintos a cómo terminó: con un país polarizado y sin acuerdos. ¿Qué pasó en el camino? El nuevo documental del #ColectivoMAFI, estrenado mundialmente en la prestigiosa #Berlinale, y nacionalmente la próxima semana en #SANFIC, podrás encontrarlo desde el 7 de noviembre en cines y salas nacionales, de Arica a Punta Arenas. Dirigida por Tamara Uribe y Felipe Morgado. Producida por Alba Gaviraghi y Diego Pino.

Sélections et distinctions

  • 2024 • Festival Biarritz Amérique Latine • Biarritz (France) • Compétition Documentaires - Première française
  • 2024 • Festival international du film de Berlin - Berlinale • Berlin (Allemagne) • Forum - Première mondiale
  • 2024 • CPH:DOX - Copenhagen International Documentary Film Festival • Copenhague (Danemark) • Urgent Matters
  • 2024 • GIFF - Guanajuato International Film Festival • Guanajuato (Mexique) • Mention spéciale

Génériques 

  • Réalisation :
    Tamara Uribe, Felipe Morgado
  • Écriture :
    Tamara Uribe, Felipe Morgado, MAFI Collective
  • Image :
    Adolfo Mesías
  • Son :
    David Pacheco, Juan Pablo Garretón
  • Montage :
    Felipe Morgado, Tamara Uribe, Christopher Murray, Andrea Chignoli
  • Sound design :
    Roberto Espinoza
  • Production (personne) :
    Alba Fabiola Gaviraghi Espinoza, Diego Pino Anguita
  • Production (structure) :
    MAFI Collective
  • Ayant droit :
    MAFI Collective
  • Distribution : Compañía de Cine & Kino Rebelde